🎬 Salut Johnny — Scénario rédigé (Clip 1)
Scénario rédigé du Clip 1 — Salut Johnny. Version exploitable pour la réalisation. Complémentaire de la page « Clip Scénarisation » (découpage). 10 scènes entièrement écrites avec direction artistique, palette, son, notes de réalisation.
📌 Confrontation aux grilles Truby : matériau de référence pour 09_scene (construction de scène) et 10_dialogue (dialogue symphonique).
Légende des conventions
- INT. / EXT. — intérieur / extérieur
- (geste) — action de jeu
- [Note] — indication de réalisation
- 🎵 — musique / son
- → — transition
Scène 1 — Le souvenir
EXT. CIEL OUVERT — JOUR (image mentale, hors-réel)
Palette : bleu pâle saturé, soleil franc, contre-jour doux.
Gros plan — Visage de GIULIA, cheveux balayés, en plein vol. Elle rit, elle crie. Sourire éclatant.
Plan élargi — Elle est en parapente. Suspendue. Libre. Au-dessus de tout.
🎵 Aigus suspendus. Voix lointaine.
[Note] ≈ 5 secondes. Aucun contexte, aucun ancrage. C’est une image qu’on ne situe pas — image consommée. Le spectateur ne sait pas encore que c’est une projection. Le plan doit avoir le temps de s’imprimer pour que le rappel en Sc. 10 (la pyramide de Giulia chez Léo) résonne.
→ Coupe brutale.
Scène 2 — Le réveil
INT. CHAMBRE DE JOHNNY (QUARTIER BLEU) — MATIN
Palette : bleus profonds, cuivre fatigué, lumière oblique d’aube.
Plan rapproché taille — Le pantalon de Johnny se soulève tendu comme un piquet de tente.
Travelling vertical lent vers le haut le long du corps.
Gros plan visage — Yeux révulsés, blancs visibles. Bouche entrouverte. Mâchoire qui mâche lentement. Sur l’oreiller à côté de sa tête : une pyramide de Joy ouverte, vide.
🎵 L’alarme se déclenche. Crissement métallique court.
Johnny revient à lui d’un coup. Il referme la mâchoire. Avale.
BOB sort de la salle de bain — vapeur derrière lui, serviette sur l’épaule, torse nu. Johnny ferme précipitamment sa braguette et se redresse dans le lit.
Bob, sans le regarder, passe devant un petit SABLIER CRANTÉ posé sur la commode (rouages apparents, sable qui s’écoule). Il jette un œil.
BOB (grommellement) : « Tu vas être en retard. »
[Note] La pyramide vide reste cadrée une demi-seconde de trop. Ne pas l’expliquer.
→ Cut sec.
Scène 3 — Le miroir et l’outil caché
INT. CHAMBRE / SALLE DE BAIN PARTAGÉE — MATIN (CONTINU)
Johnny devant la glace. Il s’inspecte. Mèche en place. Il se met du parfum d’un geste de chanteur — trois pulvérisations. Il se regarde sous l’angle qu’il préfère.
Dans le miroir, en arrière-plan flou, Bob s’habille de dos. Johnny vérifie d’un coup d’œil qu’il ne le voit pas.
Insert — Sur le bureau, une boîte de Joy vide. À côté, une affiche publicitaire : un téléphérique qui monte vers un bâtiment circulaire luxueux perché en hauteur. Slogan : « Ce qu’ils vivent, vous pouvez le vivre. »
Johnny ouvre un tiroir. Il en sort une CLÉ À MOLETTE.
Johnny l’effleure du pouce. La glisse dans son dos, entre la chemise et la veste en cuir.
Quelques pas de danse devant le miroir. Il s’assume.
→ Coupe sur le claquement de la porte d’entrée.
Scène 4 — Le départ
EXT. RUE DU QUARTIER BLEU — MATIN
Palette : bleu uniforme, façades répétitives, ciel jaune-sable (désert au loin).
Johnny sort, démarche dansante. La rue est paisible, géométrique, façon Wes Anderson — symétrie, profondeurs étagées.
Ses POTES l’attendent : trois silhouettes sur leurs motos. LÉO en tête. Salut groupé, rires.
Plan large symétrique — Les quatre motos démarrent en chœur.
Travelling latéral sur les motos. Ils passent devant une GRANDE PANCARTE :
JOY — VIVEZ LE BONHEUR DES AUTRES
Au loin, en hauteur, sur un plateau : le QUARTIER DE L’ÉLITE. Blanc, circulaire, écrasé de soleil.
Les autres roulent sans tourner la tête. Johnny fixe la pancarte. Sa moto ralentit imperceptiblement.
Léo, à hauteur de Johnny, suit son regard une seconde. Pose la main gantée sur l’épaule de Johnny, lui fait un geste muet de la tête — « viens ». Sourire chaud.
Johnny re-bascule la tête, jette un dernier coup d’œil par-dessus son épaule, et accélère pour rattraper le groupe.
→ Plan moto plein cadre. Vitesse. Ville.
Scène 5 — La consommation collective (bus)
INT. BUS DE LIGNE — MATIN
Palette : néons jaunâtres, gris poussière, vitres cuivrées par le soleil.
Bob monte dans le bus, salue le chauffeur d’un hochement, s’assoit.
Plan large frontal — Le bus est plein. Une douzaine de passagers, dont Bob, sortent simultanément leur pyramide de Joy. Geste mécanique, parfaitement synchronisé.
Insert — Une RADIO grésille au-dessus du chauffeur. Voix off, mate : « …et les Jeux ouvriront leurs portes à ceux qui… »
La voix est couverte par le bruit collectif de mastication. Les têtes basculent en arrière. Yeux révulsés. Mâchoires.
Bob ferme les yeux. Son visage se détend. Léger sourire.
Scène 6 — La Factory s’éveille
EXT. FACTORY — MATIN
Palette : ocre, métal, bleu-acier.
Plan d’ensemble très large, frontal, façon coupe transversale — La Factory en sections empilées, comme une fourmilière. Chaque section a sa fonction : assemblage, contrôle, atelier, livraison, expédition. Mouvement chorégraphié, façon Wes Anderson.
Au centre du bâtiment, un SABLIER CRANTÉ GÉANT, monté sur des rouages apparents. Une grue mécanique le saisit. Lentement, le retourne.
🎵 Cliquetis profond. Bourdonnement. La Factory s’allume par sections, séquentielles, comme une partition qui s’exécute.
[Note] Le retournement du sablier = début de journée. Dans cet univers, le sablier remplace l’horloge — la ville est au milieu du désert.
→ Fondu enchaîné sur l’intérieur d’un atelier.
Scène 7 — Une journée à l’usine
INT. ATELIER FACTORY — JOUR
Palette : lumière froide de néons, métal, combinaisons bleues uniformes.
Johnny entre, dépose sa veste, glisse rapidement la clé à molette derrière un radiateur avant que Léo n’arrive. Léo arrive en chantant.
Série de plans courts, montage rythmé sur la musique :
- Johnny et Léo à l’établi. Deux OUVRIÈRES passent. Johnny tente une approche : sourire, mèche replacée, blague mimée. Elles rient. Léo essaie aussi, légèrement à retardement, sourire en coin. Léo paraît plus posé, plus mignon, plus drôle — mais c’est Johnny qui mène.
- Plan moyen sur Johnny qui visse, distrait. Il tourne la tête vers une fenêtre.
- Insert subjectif — par la fenêtre poussiéreuse : le téléphérique dans le ciel, et derrière, le quartier de l’élite, blanc, écrasé de lumière. Un véhicule officiel de l’élite passe en bas, sans s’arrêter.
- Léo, à l’établi voisin, fixe Johnny. Une demi-seconde de trop. Sans sourire. Il tient une vis et un tournevis. Quand Johnny ramène les yeux vers lui, Léo éclate de rire — avec un demi-temps de retard sur la blague qu’il est censé suivre. Il serre la vis en riant. Plan rapproché : la tête de la vis se mate sous la pression. Crissement bref. 🟡
- Chorégraphie d’atelier. Les ouvriers font des gestes rythmés (visser, passer, taper) sur la musique. Les autres sont mous, mécaniques. Johnny est explosif — il déborde, il en fait trois fois trop. Sa danse traverse l’atelier. Léo le suit du regard sans danser.
- En arrière-plan, une RADIO crache une voix off, à peine audible : « …ceux qui sauront prouver leur… » Les rires couvrent. Personne n’écoute.
[Note] Le micro-signe Léo (regard fixe + rire à demi-temps + vis matée) doit s’enregistrer inconsciemment. Pas plus de trois signes.
[Note] Deuxième occurrence de l’annonce. Toujours coupée. Même voix qu’au bus.
→ Plan final : Johnny au repos, regard vers la fenêtre, sourire absent. Derrière lui, Léo ne sourit pas.
→ Coupe.
Scène 8 — Le coup au téléphérique
EXT. STATION DE TÉLÉPHÉRIQUE (PIED DE LA FALAISE) — FIN DE JOURNÉE
Palette : lumière dorée rasante, ombres longues, sable, métal usé.
Le téléphérique monte vers le quartier de l’élite. C’est l’unique accès physique vers le haut.
Fin de poste. La rue de la Factory se vide. Quatre motos sortent. Au premier carrefour, trois motos prennent à droite (retour quartier bleu). Johnny prend à gauche. Aucun ne se retourne.
Travelling sur la moto seule sur la piste de sable. Au loin, le téléphérique, comme un fil tendu vers le ciel.
Johnny coupe le moteur à distance. Marche le reste. Long plan d’ensemble — sa silhouette minuscule face à la falaise et au câble.
Il s’arrête. Plan rapproché — il lève la tête. Son visage est éclairé d’en haut par la lumière de l’élite.
Plan poste de garde — un GARDIEN, casquette, uniforme propre. Il joue déjà du SAXO. Notes claires, paresseuses, qui flottent dans l’air sec.
Johnny s’avance, salue d’un signe de tête. Il esquisse quelques pas de danse devant le gardien. Le gardien continue de jouer — c’est son boulot, animer le poste, et un jeune qui danse fait partie du décor.
Profitant que le gardien tient les yeux mi-clos sur l’instrument, Johnny se glisse sur le côté. Hors du champ du gardien.
Gros plan main — il sort la CLÉ À MOLETTE de derrière son dos. L’embrasse rapidement.
Plan grillage — Johnny attaque un boulon du grillage périphérique. Effort. Visage tendu. Le boulon cède. Il écarte le grillage. Se glisse dans la zone d’embarquement.
Plan cabine — la cabine du téléphérique se met en branle. Johnny se précipite, contourne, bondit au dernier moment. Ses mains agrippent le rebord arrière. Ses pieds quittent le sol.
La cabine s’élève. Johnny pend. Pieds dans le vide. Mains crispées sur le métal. Plus aucun appui sous lui.
🎵 Le saxo continue, ample, mélancolique.
Plan large — le saxo au premier plan, la cabine qui s’élève au second plan, Johnny accroché derrière, minuscule. Pieds qui battent doucement dans l’air. Composition d’une beauté inattendue.
Gros plan mains — phalanges blanches, métal froid.
Gros plan visage — Johnny regarde vers le haut. Il rit, court, halète. Il y croit.
Plan en contre-plongée depuis la cabine — la silhouette de Johnny suspendue dans le ciel, et sous ses bottes, le désert qui s’éloigne. Le sol n’est plus là.
La montée dure. Le sax porte. Ses pieds n’ont pas retrouvé d’appui.
Le gardien lève les yeux. Voit.
🎵 Coupe nette du saxo. Silence brutal.
Le gardien pose le saxo sur sa chaise. Tend la main vers un bouton rouge. Appuie.
🎵 Sirène stridente.
Plan cabine — la cabine s’immobilise. Pause. Puis elle redescend, lentement.
Plan visage de Johnny — il comprend. Il regarde une dernière fois le quartier de l’élite, là-haut, qui ne sera pas pour aujourd’hui.
[Note] Ne pas surjouer la défaite. Johnny garde sa fierté. C’est un échec, pas une humiliation.
→ Coupe sur des gyrophares.
Scène 9 — Le retour forcé
INT. APPARTEMENT DE BOB — SOIR
Palette : bleus de nuit, jaune chaud de la TV, contrastes durs.
La porte s’ouvre. LE GARDIEN pousse Johnny à l’intérieur, menottes aux poignets, mains derrière le dos.
Bob est debout. Pas assis. Il était devant la TV. Il se tourne. Il ne soupire pas tout de suite. Il regarde son fils. Une seconde. Deux.
Puis il soupire. Long.
Bob s’approche des flics. Échange muet. Bob hoche la tête, signe quelque chose sur un PV. Le gardien retire les menottes et partent.
Bob ne dit rien. Il pointe la TV du doigt. Geste précis, autoritaire, presque pédagogique.
Plan TV — Reportage en cours. Un PRÉSENTATEUR. Bandeau : ANNONCE OFFICIELLE — LES JEUX. Voix posée, la même qu’à la radio :
« …et les Jeux ouvriront leurs portes à ceux qui sauront prouver leur valeur. Ouverts à tous. Du quartier bleu au quartier Jaune. Trouvez votre billet. La chasse commencera demain. »
[Note] La phrase est cette fois entière. Le spectateur attentif doit reconnaître la voix entendue deux fois plus tôt.
Bob regarde Johnny. Sans mot. Geste de la main : « tu vois ? »
Plan rapproché Johnny — il regarde la TV. Son visage change. Les frustrations de la journée se dissolvent. Les yeux qui s’illuminent. Un sourire monte lentement, sincère, conquis. Étoiles dans les yeux.
Plan serré TV — le logo des Jeux. Pyramide tournante.
→ Fondu lent vers le bleu d’une lumière diffuse.
Scène 10 — La bascule (Léo)
INT. CHAMBRE DE LÉO — NUIT
Palette : bleu nuit, néon froid d’un poster, ombres profondes.
Travelling de l’annonce télé en fond vers une Joy de Giulia identifiable : l’emballage signature, sa marque. Elle est fermée. Pas encore consommée.
Une SILHOUETTE FLOUE entre dans le cadre par la droite, lentement, et se positionne derrière la pyramide. Mise au point qui bascule progressivement de la pyramide vers le visage.
C’est Léo.
Léo est immobile. Il regarde la pyramide. Son visage est calme. Trop calme. Le sourire chaud de la journée n’y est plus.
Lente bascule de caméra derrière Léo, qui révèle le mur de sa chambre.
Plan large — Le mur est recouvert de Giulia.
- Un poster officiel grand format (égérie Joy, sourire de magazine).
- Deux clichés type paparazzi, brouillés, comme volés au téléobjectif.
- Un collage maison au centre — photos découpées, recollées, retouchées au feutre. Certaines avec les yeux entourés, ou un sourire redessiné.
Éléments d’univers révélés ici (qui manquent ailleurs)
- Forme physique de la “barre” Joy = PYRAMIDE (pas un format barre).
- Sabliers cranté au lieu d’horloges, parce que la ville est au milieu du désert.
- Téléphérique comme unique accès physique vers le quartier de l’élite (perché sur falaise).
- Quartiers nommés par couleur : bleu (ouvriers), jaune, élite (= Pyramide, en hauteur).
- Clé à molette comme outil-symbole de Johnny (caché derrière le radiateur de l’usine, embrassé avant l’effraction).
- Saxo comme instrument de poste de garde + ressort comique/mélancolique.
- Triple répétition de l’annonce des Jeux (radio bus → radio usine → TV maison) avec montée progressive d’audibilité.
Liens
- Page parent : salut-johnny (brainsto pré-scénario)
- Mécanique des Jeux : jeux-mecanique
- Folder note : Pages-meta
- Index Bible : Bible-univers
- Grilles Truby pour confrontation : 09_scene · 10_dialogue
- Chapitre équivalent côté trame : 02_chapitre-1 (mais le scénario rédigé diverge de l’écriture explicite du chapitre 1 — à réconcilier)