Chapitre 3 (Jeux 3 épreuves + faute fondatrice curseur)

Prémisse verrouillée (B005, 2026-05-21)

« Lors de l’épreuve finale des Jeux, Johnny et Léo sont enfermés dans deux box face à un curseur de décharge électrique : Johnny pousse jusqu’à la zone mortelle en se convainquant que Léo fera pareil, mais Léo a laissé le sien à zéro — et Johnny entre dans l’élite en électrocutant le seul qui lui faisait confiance. » [src: file=batches/archive/B005-premisses-chapitre.md]

Synopsis court (V2 — 2026-05-26)

Les Jeux se déroulent dans un stade fermé, plafond bas, lumière orangée, gradins faits d’écrans géants diffusant les visages du public à domicile. Trois épreuves successives orchestrées par Stach. Épreuve 1 « Faites-nous rire » : compteur géant d’applaudissements, plateau cabaret — Johnny et Léo, sans rien préparé, s’embrassent théâtralement à dix secondes du buzzer pour passer. Épreuve 2 « Les verres » : dix verres en carton retournés sur deux tables, une lame cachée sous l’un d’eux, questions intimes + verre à écraser à l’aveugle. Le couple tombe à la dernière question, Johnny et Léo passent. Épreuve 3 « Le curseur » : deux box séparés, glissière métallique 0-10 avec LÉTAL en rouge. Soixante secondes pour décider. Johnny pousse cran par cran, persuadé que Léo fait la même spirale en face. À la dernière seconde, il met LÉTAL. Léo a laissé le sien à zéro. Décharge brutale, paraplégie permanente. Confettis dorés sur Johnny — « comme de la neige dans un abattoir ». Il titube, s’effondre. La faute fondatrice qui pèsera sur tout l’arc.

Synopsis détaillé (refonte Truby 2026-05-25)

Phase 1 — Stade + binômes alignés

Stade des Jeux sur la colline intermédiaire [src: file=05-monde-saison-V1.md géographie]. Atmosphère étouffante, écrans géants diffusant les visages du public à domicile. Une dizaine de binômes alignés derrière une bande lumineuse. Johnny et Léo au milieu, ticket en main, mâchoires serrées.

Phase 2 — Épreuve 1 « Faites-nous rire » (apex Stach présentateur)

[src: file=bible-univers/personnages/stach-arc-chap-par-chap.md acte 1]

Plateau Stach déployé au centre du stade. Compteur applaudissements suspendu. Stach = visage public officiel de Joy, modèle Caesar Flickerman [src: file=bible-univers/personnages/stach-v2.md §1]. Mécaniques M1 chaleur de proximité + M2 validation émotionnelle + M3 recadrage doux + M4 personnalisation système [src: file=bible-univers/personnages/stach-v2.md §4] en action.

Binômes qui se fracassent : humour qui échoue, dispute volontaire ratée, chorégraphie sans effet. Stach traque comme un chat ce qu’il va manger.

Deux filles passent : réparties sèches + Stach les provoque (« C’est vous les psychopathes qui ont tué pour le billet ? ») + indignation montée → embrassent → compteur explose. Couple les juge en coulisses (« Prêtes à tout pour le buzz »).

Couple femme enceinte (#15 Remarques intégré 2026-05-25) [src: file=Remarques-univers.md L38 + mapping table] : la femme revient avec un ventre rond sous sa robe. Stach surjoue. Le mari surjoue. « Elle attend un petit garçon. Veut qu’il grandisse là-haut, pas en bas. » Voix qui se brise au moment exact. Public debout, compteur explose. Truqué — fausse grossesse pour buzz.

Johnny et Léo : pas de truc préparé. Stach les relance, vannes faibles. Tempo serré (30s → 20s → 10s). Regards croisés. Léo hausse imperceptiblement les sourcils. Johnny comprend. Ils s’embrassent théâtralement. Compteur explose. Ralenti + confettis. Qualifiés.

Phase 3 — Épreuve 2 « Les verres »

Plateau nu, froid. Deux tables face à face. Sur chacune, 10 verres retournés. Sous l’un, une lame.

Mécanique : question intime à un partenaire (réponse = nombre gravé sur un verre). Le partenaire de l’autre côté du mur écrase le verre correspondant au chiffre qu’il pense être la réponse — de toutes ses forces. Tombe sur la lame = fini.

Couple éliminé : « Combien de partenaires sexuels avez-vous eu le mois dernier ? ». La femme écrit sa réponse. Le mari ne sait pas (mur entre les deux). La femme crie le 1, micro coupé. Le mari écrase le 1 (par hasard ? par projection ?). Lame.

Johnny et Léo passent — questions plus simples, ils se connaissent par cœur. Survivent.

Phase 4 — Épreuve 3 « Le curseur » (faute fondatrice)

Sépération sans préavis. Box étroits, lumière blafarde, chaise vissée au sol. Curseur métallique gradué 0-10. Au-dessus du 10 : LÉTAL.

Mécanique [src: file=batches/archive/B005-premisses-chapitre.md prémisse chap 3] :

  • Binôme terminé. Johnny vs Léo
  • Chacun choisit l’intensité d’une décharge électrique à envoyer à l’autre
  • Score le plus élevé gagne (entre dans l’élite)
  • Scores identiques → personne ne gagne, retour quartier bleu
  • L’un met 0, l’autre met X > 0 → celui qui a mis 0 reçoit la décharge X

Décision de Johnny — escalation progressive [écriture explicite ci-dessous] :

  • 0 → 1 (« Léo ne me ferait pas ça »)
  • 1 → 3 (« mais moi, est-ce que je lui ferais ? »)
  • 3 → 5 (« Mais si Léo met quatre ? »)
  • 5 → 6 → 7 (« Et si Léo pense exactement la même chose que lui ? »)
  • 7 → 8 → 9 (sueur, dégoût, « mais je ne peux pas m’arrêter »)
  • 9 → 10 (dose létale)

Décision de Léo : laisse le curseur à 0. Confiance pure.

Résultat : Johnny ne reçoit rien. Cri de Léo de l’autre côté du mur. Confettis dorés tombent absurdement « comme de la neige dans un abattoir ». Musique de victoire. Johnny gagne — titube, s’effondre.

Léo électrocuté à 10/10 : survit mais paraplégie permanente [src: file=bible-univers/personnages/leo-v2.md §1] — paralyse les jambes, fauteuil roulant. Cette électrocution est aussi le déclencheur de son sevrage Joy involontaire par dépression [src: file=bible-univers/personnages/leo-v2.md §2 — triple fracture Jeux + ambitions Giulia/élite pré-accident + sevrage Joy involontaire par dépression → lucidité par effondrement organique + refuge quartier rouge + radicalisation progressive].

Phase 5 — Faute fondatrice + canon « l’ami qu’il a brisé »

[src: file=batches/archive/B005-premisses-chapitre.md L249]

« L’ami qu’il a brisé » devient canonique. Léo paraplégique par la faute de Johnny (curseur électrique chap 3) — reprise littérale dans la prémisse chap 16 verrouillée.

Cette faute = blessure centrale du parcours Johnny (§5 johnny-v2 faute morale active). Préparation chap 7 (Johnny retrouve Léo en fauteuil) + chap 13 (révélation Léo chef résistance) + chap 16 (inversion du curseur — Léo pousse les explosifs, Johnny tente de raisonner).

Inversion finale du curseur chap 16 [src: file=Reprise.md L225, file=bible-univers/personnages/leo-v2.md §8.1] : POUSSE vs REFUSE inversé par rapport au curseur chap 3. Au chap 3 Johnny pousse, Léo refuse (zéro). Au chap 16 Léo pousse (explosifs prêts) puis refuse (devant Alice) — symétrie tragique.

Articulation rétroactive [src: file=03-intrigue-22-etapes-saison-V1.md Zone 1] : intensifie la trahison curseur chap 3 — Léo avait vu Johnny vulnérable au tabou maternel chap 2 + savait que Johnny mentait sur sa mère. Il pose le curseur à 0 en pleine connaissance de cause — confiance qui sait.

Marqueurs Truby 22 étapes (chap 3)

[src: file=03-intrigue-22-etapes-saison-V1.md]

ÉtapeManifestation chap 3
Étape 3 Faiblesse + besoin (climax acte 1)Manifestation extrême de la faute morale §5 johnny-v2 — « refuse les liens qu’il ne contrôle pas », va jusqu’à la dose létale par peur de perdre le cadre. Cristallisation de la faute fondatrice
Étape 4 Événement déclencheur (clôture)Jeux terminés, Johnny entre dans l’élite. « Aller de Charybde en Scylla » validé — gagner = entrer dans le pire pétrin
Étape 5 Désir (étage 2 atteint)Indiminuable dans toute la cité — gagner les Jeux ✓. Préparation étage 3 (élite, chap 4-6)
Étape 7 Adversaire chap 3Léo aux Jeux (binôme transformé en adversaire forcé). Adversaire structurel sans le savoir — la décision curseur prépare le retournement chap 13
Personne(s) blessée(s) ✓ critère Truby p. 48Léo (paraplégie permanente + sevrage involontaire par dépression). Faute morale climactique
Inversion finale du curseur (préparation chap 16)POUSSE vs REFUSE — articulation rétroactive avec inversion finale chap 16 [src: file=bible-univers/personnages/leo-v2.md §8.1]

Décisions verrouillées spécifiques

  • « L’ami qu’il a brisé » canonique [src: file=batches/archive/B005-premisses-chapitre.md L249] : Léo paraplégique par la faute de Johnny (curseur électrique chap 3)
  • Léo paraplégie post-Jeux [src: file=bible-univers/personnages/leo-v2.md §1] + sevrage Joy involontaire par dépression
  • Inversion finale du curseur chap 16 : POUSSE vs REFUSE
  • #15 Remarques intégrée 2026-05-25 : femme enceinte qui passe les éliminations (épreuve 1)
  • Apex Stach présentateur chap 3 : 4 mécaniques M1-M4 en action
  • Stade des Jeux sur colline intermédiaire [src: file=05-monde-saison-V1.md]
  • Articulation rétroactive Zone 1 audit : Léo savait que Johnny mentait sur sa mère (chap 2) + pose le curseur à 0 en confiance qui sait

Cohérence personnages

Johnny [src: file=bible-univers/personnages/johnny-arc-chap-par-chap.md]

  • Désir étage 2 atteint (gagner les Jeux)
  • Faute morale climactique acte 1 (curseur à 10)
  • Faiblesse psy active : « si Léo pense la même chose ? » — il refuse l’idée que Léo pourrait laisser à 0 = il refuse la confiance pure
  • Faiblesse morale active : impose son cadre tactique (le scénario pire qu’il anticipe)
  • Préparation arc post-Jeux : entrée dans l’élite chap 4 + culpabilité enfouie + revenue chap 7 ruelle

Léo [src: file=bible-univers/personnages/leo-arc-chap-par-chap.md]

  • Apex trauma fondateur [src: file=bible-univers/personnages/leo-v2.md §2] : triple fracture Jeux + paraplégie + sevrage involontaire par dépression
  • Confiance pure cassée — point de bascule de l’arc radical
  • Économie morale silencieuse posée (Léo sait depuis le chap 2 que Johnny ment + a posé le curseur à 0 = preuve ambivalente)
  • Préparation chap 7 (Johnny retrouve Léo en fauteuil) + chap 13 (Léo leader résistance)

Stach [src: file=bible-univers/personnages/stach-arc-chap-par-chap.md]

  • Apex présentateur chap 3 (4 mécaniques M1-M4 en action)
  • Couple femme enceinte = manifestation de la faute morale §5 stach-v2 « il humanise à l’intérieur du mensonge » — Stach surjoue l’émotion sans questionner la fausse grossesse
  • Préparation arc faux allié vs Johnny chap 8+

Bob

  • Hors-scène chap 3 (résistance posée chap 2)
  • Évoqué dans les pensées Johnny (« il pense à Bob, à l’appartement, à la Factory »)

Pluto / Willya

  • Hors-scène chap 3
  • Préparation chap 4 (Willya 1ʳᵉ rencontre directe annoncée)

Lieux

  • Stade des Jeux colline intermédiaire [src: file=05-monde-saison-V1.md] : épreuves 1-3
  • Plateau Stach (épreuve 1) : cabaret monté à la hâte au centre
  • Box étroits (épreuve 3) : chaise vissée au sol, curseur métallique 0-10

Sous-questions ouvertes

  • Public au travers d’écrans [écriture explicite Réflexions] : solitude/superficialité ou présence galvanisante ? À arbitrer
  • Réaction Johnny au cri Léo : précisée écriture explicite (titube, s’effondre) — formaliser la chute physique
  • Suite immédiate post-curseur : hôpital ? Sevrage Joy involontaire en direct ? Premier contact Bob avec Léo paralysé ?
  • Mécanique du sevrage Joy involontaire Léo [src: file=Pistes-de-reflexion.md P050 brainstorm sevrage Joy] — formes concrètes par dépression
  • Identité de la silhouette encapuchonnée chap 2 : se manifeste-t-elle parmi les 10 binômes ? Identifiée au chap 3 ?
  • POV final : on suit Johnny effondrement ou on coupe sur Léo en convalescence ?

Cohérence couches transverses

  • Couche 1 prémisse : prémisse-chap verrouillée B005 [src: file=01-premisse-saison-V1.md]
  • Couche 2 sept étapes : étape 1 Faiblesses + besoin (climax acte 1) + étape 2 Désir étage 2 atteint [src: file=02-sept-etapes-saison-V1.md]
  • Couche 4 argument moral : Johnny atteint la faute morale fondatrice (au-delà du vol Sofia chap 2 — désormais responsable d’une lésion irréversible). Première brique majeure du débat moral global [src: file=04-argument-moral-saison-V1.md]
  • Couche 5 monde : stade colline intermédiaire (géographie Couche 5) + box étroits Truby (porte étroite avant chap 16) [src: file=05-monde-saison-V1.md]
  • Couche 6 symboles : curseur électrique = symbole de l’inversion (POUSSE vs REFUSE) — préparation chap 16 [src: file=06-symboles-saison-V1.md]
  • Couche 7 intrigue 22 étapes : étapes 3 + 4 + 5 + 7 + Zone 1 audit (articulation rétroactive) [src: file=03-intrigue-22-etapes-saison-V1.md]

Écriture Explicite (proto 06/03/26 — conservée)

Le stade est plus petit que ce que Johnny avait imaginé. Plus bas de plafond, plus étouffant. Des gradins serrés, une lumière orangée qui écrase tout, et du monde — beaucoup de monde, mais pas en vrai. Des écrans géants diffusent les visages du public à domicile, des milliers de rectangles lumineux empilés les uns sur les autres, qui bougent, crient, applaudissent sans qu’aucun son ne sorte encore des haut-parleurs. Pour l’instant, tout est en sourdine. L’arène retient son souffle.

Une dizaine de binômes se tiennent sur la scène d’entrée, alignés derrière une bande lumineuse au sol. Certains se donnent des airs. D’autres ont les mains qui tremblent. Un duo en costume assorti se tient droit comme à une cérémonie. Deux filles en veste de cuir mâchent du chewing-gum avec une nonchalance trop travaillée pour être honnête. Un couple, bras enlacés, affiche un sourire de photo de mariage. Plus loin, un vieux et un jeune — père et fils, peut-être — fixent le sol.

Johnny et Léo sont quelque part au milieu. Ticket en main. Mâchoires serrées. La démarche de deux types qui ont décidé de ne rien montrer — et qui montrent exactement ça.


Épreuve 1 — Faites-nous rire

Le plateau de Stach se déploie au centre du stade comme une scène de cabaret montée à la hâte. Fauteuils en cuir, lumières chaudes, et ce compteur géant suspendu dans les airs — une barre horizontale qui se remplit en fonction du volume des applaudissements. Le principe est limpide : faites monter le compteur. Les deux meilleurs scores passent. Les autres disparaissent.

Sur la dizaine de binômes, la plupart se fracassent. Un duo tente de l’humour, se prend un silence de mort. Un autre se dispute en direct — volontairement, mais personne n’y croit. Un troisième mise tout sur une chorégraphie préparée : le compteur frémit à peine. Stach les regarde avec la bienveillance d’un chat qui joue avec ce qu’il va manger. Les candidats défilent, la plupart oubliables, et le public attend autre chose sans savoir quoi.

Puis les deux filles s’assoient.

Stach les mitraille. Réparties sèches, sourires qui coupent. Le public commence à se réveiller. Puis Stach penche la tête, baisse la voix : « C’est vous, les psychopathes qui ont tué pour le billet ? » Elles se défendent, s’indignent, montent en tension — et soudain, sans prévenir, s’embrassent. Longtemps. Le compteur grimpe d’un coup sec. Le public hurle. En coulisses, la femme du couple regarde l’écran de contrôle et secoue la tête. « Prêtes à tout pour le buzz », crache le mari entre ses dents. Les deux filles sortent du plateau bras levés, le sourire aux lèvres.

Le couple prend place. La femme, qui s’était éclipsée quelques minutes plus tôt, revient sur le plateau avec un ventre rond sous sa robe. Stach écarquille les yeux — son meilleur jeu d’acteur de la soirée. Le mari attrape la main de sa femme, la porte à ses lèvres. Ils surjouent tout : les regards humides, les caresses sur le ventre, les mots qui tremblent juste assez. Elle dit qu’elle attend un petit garçon. Qu’elle veut qu’il grandisse là-haut, pas en bas. Sa voix se brise au moment exact où elle doit se briser. Ils s’embrassent. Le compteur explose. Le public est debout.

Johnny et Léo s’assoient face à Stach. L’ambiance change. Pas de grossesse, pas de baiser prévu — juste deux gars de la Factory, une petite radio mentale dans la tête, qui essaient de faire rire un stade. Johnny sort une fausse moustache de sa poche, la colle sous son nez, lance une vanne. Rires. Le compteur monte. Mais doucement. Beaucoup trop doucement. Stach les relance, leur donne des perches, mais chaque vanne ne grappille que quelques centimètres sur la barre. Léo jette un œil au compteur, puis au minuteur. Trente secondes. Le score est insuffisant. Vingt secondes. Johnny sent la sueur lui couler dans le dos. Leurs regards se croisent. Dix secondes. Léo hausse imperceptiblement les sourcils. Johnny comprend. Ils ferment les yeux, se penchent l’un vers l’autre — lentement, théâtralement — et s’embrassent.

Le stade explose. Le compteur crève le plafond. Stach bondit de son fauteuil, les bras au ciel, la bouche grande ouverte. Ralenti. Confettis. Johnny et Léo se séparent, s’essuient la bouche du revers de la main, et éclatent de rire — un vrai rire, celui qui vient du soulagement.

Qualifiés.


Épreuve 2 — Les verres

Le décor a changé. Plus de fauteuils, plus de lumières chaudes. Un plateau nu, froid, deux tables face à face. Sur chacune, dix verres retournés. Sous l’un d’eux, une lame.

Le jeu est simple, et c’est ce qui le rend cruel. On pose une question intime à l’un des partenaires. La réponse est à chaque fois un nombre gravé sur l’un des verres. Le partenaire, de l’autre côté d’un mur, n’a pas entendu la question. Il doit écraser le verre en carton correspondant au chiffre qu’il pense être la réponse avec son pied et de toutes ses forces. S’il ne le fait pas de toutes ses forces, il est disqualifié. S’il tombe sur la lame, c’est fini.

Les premières questions passent. Des trucs simples — l’âge d’un proche, un nombre de quelque chose. Johnny et Léo déroulent sans trembler. Ils se connaissent par cœur. Le couple tient bon aussi, sourires crispés mais mains sûres.

Puis les questions se resserrent. Plus personnelles. Plus vicieuses.

Dernière question pour le couple. On se tourne vers la femme. « Combien de partenaires sexuels avez-vous eu le mois dernier ? » Son visage se fige. Une demi-seconde — mais la caméra l’attrape. Elle écrit sa réponse. De l’autre côté du mur, le mari attend, les orteilles au-dessus des verres. Dans sa cabine, la femme se lève, micro coupé, et hurle : « Le un ! Écrase le un ! » Mais il n’entend rien. Il ne connaît pas la question. Son pied flotte, hésite et écrase le verre n°1 de toutes ses forces.

La lame brille sous la lumière blanche. Un silence de cathédrale. Puis le buzzer.

Johnny et Léo échangent un regard. Un souffle. C’est fini. Ils ont gagné.

Du moins c’est ce qu’ils croient.


Épreuve 3 — Le curseur

On les sépare sans prévenir. Deux techniciens prennent Johnny par les épaules — fermement, pas brutalement — et le guident dans un couloir étroit, puis dans un box. La porte se referme derrière lui. Le silence tombe comme une dalle.

Le box est petit. Murs gris, lumière blafarde, une chaise vissée au sol. Devant la chaise, un écran et un curseur physique — une glissière métallique, graduée de zéro à dix. Au-dessus du dix, un mot en rouge : LÉTAL.

La voix du présentateur sort d’un haut-parleur grésillant, neutre, presque douce.

Le binôme est terminé. Johnny et Léo jouent désormais l’un contre l’autre. Chacun doit choisir l’intensité d’une décharge électrique à envoyer à l’autre. Celui qui envoie le score le plus élevé gagne — et entre dans l’élite. Si les deux scores sont identiques, personne ne gagne. Ils retournent tous les deux dans leur quartier. Si l’un des deux met zéro et l’autre un chiffre supérieur, celui qui a mis zéro reçoit la décharge de l’autre.

Une minute pour décider.

Le compteur s’affiche. Soixante secondes.

Johnny fixe le curseur. Il ne bouge pas. Dans sa tête, tout se bouscule. Léo. Son meilleur ami. Le type avec qui il a grandi, le type assis derrière lui sur la moto depuis des années, le type qu’il a embrassé devant un stade entier il y a une heure. Qu’est-ce que Léo va faire ? Qu’est-ce que Léo est en train de penser, de l’autre côté de ce mur, en ce moment même ?

Quarante-cinq secondes.

Johnny pose la main sur le curseur. Le métal est froid. Il le pousse d’un cran. Un. Son estomac se retourne. Il pense : Léo ne me ferait pas ça. Puis aussitôt : mais moi, est-ce que je lui ferais ? Il pousse à trois. La sueur commence à perler sur son front. Il s’essuie d’un revers de manche. Trois, c’est raisonnable. Trois, ça fait mal mais ça ne tue pas. Mais si Léo met quatre ?

Trente secondes.

Il pousse à cinq. Ses mains tremblent. Il déteste ce qu’il est en train de faire. Mais il pense à Bob, à l’appartement, à la Factory, aux cartons, à la radio posée sur la palette. Il pense à tout ce qu’il pourrait quitter. Cinq. Six. Son souffle s’accélère. Et si Léo met sept ? Et si Léo pense exactement la même chose que lui en ce moment — la même peur, la même spirale ?

Vingt secondes.

Sept. Huit. La sueur lui coule dans les yeux. Johnny serre les dents. Il se dégoûte. Mais il ne peut pas s’arrêter. Chaque cran de plus est une réponse à un scénario pire que le précédent. Neuf. Sa main tremble tellement qu’il manque la glissière. Il la rattrape.

Dix secondes.

Dix.

Johnny pousse le curseur au bout. Au maximum. Dose létale. Il retire sa main comme si le métal l’avait brûlé. Ferme les yeux. Serre les accoudoirs. Attend.

Cinq. Quatre. Trois. Deux. Un.

Zéro.

Johnny se crispe. Attend la douleur. Attend le choc. Son corps entier est tendu, prêt à recevoir.

Rien.

Silence.

Il ouvre les yeux. Rien ne s’est passé. Pas de décharge. Pas de douleur. Le box est immobile. Le haut-parleur grésille faiblement. Johnny ne comprend pas.

Puis un bruit. De l’autre côté du mur. Un crépitement électrique — long, vicieux, continu. Et un cri. Le cri de Léo. Un cri qui traverse le mur, la cloison, le métal, et qui entre dans la poitrine de Johnny comme une lame.

Léo avait laissé le curseur à zéro.

Le silence revient. La porte du box s’ouvre. La lumière du stade l’éblouit. Au-dessus de lui, des confettis dorés commencent à tomber — lentement, absurdement, comme de la neige dans un abattoir. Une musique de victoire résonne. Des écrans affichent son visage.

Johnny est debout. À peine. Les confettis se posent sur ses épaules, dans ses cheveux, sur ses mains qui tremblent encore. Il ne lève pas les bras. Il ne sourit pas.

Il a gagné.

Il titube, et s’effondre.


Réflexions

  • Est-ce que le public est au travers d’écrans pour donner un sentiment de solitude et de superficialité ? Ou est-il présent pour galvaniser et rendre les enjeux plus réels ? → sous-question ouverte

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